Tous les poncifs sur les Orientaux insensibles qui ne comprennent décidément rien à la valeur des trésors qu'ils foulent aux pieds depuis des siècles se retrouvent dans les aventures de l'archéologue surhumain, déplore le quotidien turc Zaman.

Notre enfance a incontestablement été marquée par
Indiana Jones, qui constitue l'une des valeurs communes de la génération de ceux qui étaient jeunes dans les années 1980. En même temps, cette série de films a aussi opéré un véritable lavage de cerveau de nos consciences, qui ont intégré toutes les généralités sur les "Allemands enragés" ou les "Asiatiques psychopathes". Par ailleurs, la série des
Indiana Jones a changé notre rapport à certains objets. Ainsi, personnellement, je suis encore mal à l'aise lorsque je vois un coffre en bois, et lorsque celui-ci est ouvert, je n'ose toujours pas regarder à l'intérieur...
Outre les clichés sur un aventurier qui à l'université se conduit comme un gentleman mais qui sur le terrain s'avère un véritable macho, il faut bien constater qu'
Indiana Jones représente la facette cinématographique d'une certaine vision orientaliste. Cette série, qui mêle le mystère à des anecdotes historiques plus ou moins douteuses sur fond de scènes d'action dominantes, a déjà une connotation franchement touristique. Mais on y trouve aussi tout ce qui a pu être dit sur l'orientalisme. Dans ces films, par exemple, les Allemands et les Russes sont certes dangereux mais ce sont tout de même des ennemis intelligents. Alors que le reste du monde est peuplé de débiles, d'ignorants, d'incapables, de primates, voire d'inutiles.
Illustration de la bonne vieille rengaine orientaliste, le discours consistant à vanter la valeur des trésors historiques et archéologiques d'un pays pour s'efforcer ensuite de montrer que les peuples qui y vivent sont tellement ignorants qu'ils ne sont même pas capables de saisir l'importance de cette richesse qui est pourtant à portée de leurs mains. Indiana Jones découvre ainsi les secrets les plus cachés de ces contrées, non sans parfois détruire dans la foulée des trésors préservés depuis des millénaires. Cet aventurier est en outre capable de risquer sa vie pour son fameux chapeau mais ne bougera pas le petit doigt lorsque l'indigène qui l'a guidé décédera.
Grâce à
Indiana Jones, la culture de l'Extrême-Orient est entrée dans l'inconscient collectif de toute une génération et se résume à "des psychopathes qui brisent le crâne de singes vivants pour en déguster la cervelle". Dans le dernier et quatrième film de la série [
Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal], c'est le Pérou qui en prend pour son grade. On y voit entre autres une scène où Indiana Jones et le jeune Mutt Williams – dont on se demande s'il ne sera pas le futur Indiana Jones – se trouvent dans un cimetière, d'où surgissent non pas des cadavres, mais des êtres, mi-hommes mi-bêtes, qui se meuvent comme des araignées, dont on veut donner l'impression qu'il s'agit d'hommes n'ayant pas encore achevé leur évolution et qui s'avéreront être des agresseurs à propos desquels aucune information ne sera donnée au cours du film. Tout au plus sait-on qu'il s'agit de Péruviens.
source:
courrier international