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Vieux 18/06/2008, 17h32   #1
Enquête: l'atout négligé de Douz
 
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rigolotte
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rigolotte rigolotte est déconnecté 18/06/2008, 17h32

Qui a pris l’habitude de séjourner quelques fois à Douz finit par se rendre compte d’un caractère assez particulier à ses habitants dits M’razigues depuis la nuit des temps. C’est cette suffisance qui frise parfois l’indifférence. Les M’razigues ne demandent jamais rien. Ils se contentent de ce qu’ils ont. Leurs jours s’écoulent exactement comme coule l’eau dans leurs oasis, calme et tranquille. Nés au contact du silence et de l’infinitude sablonneuse du Sahara, ils ont le sens de l’observation beaucoup plus prononcé que celui de la parole. C’est très bizarre : les M’razigues parlent très peu et ne courent pas derrière les biens de la vie. Le silence saharien les a tellement déteints que même dans le commerce ils ne font rien pour vous convaincre d’acheter ceci ou cela. Que vous achetiez ou non, ils vous sourient quand même. Ce n’est pas que cela leur soit égal, mais ils ne se rabaissent pas, ils ne se plient pas devant le client pour lui faire écouler leur marchandise.

Cette espèce de stoïcisme traduit certainement la noblesse des nomades bédouins. Sauf qu’à notre époque, l’économie exige parfois de recourir à la sauvagerie. Qui n’attaque pas écope des coups. Mais si Douz ne reçoit pas de coups et s’en sort petitement malgré tout, c’est grâce à son grand atout pour lequel elle ne fait rien pour le mettre davantage en valeur.

Il ne faut pas maquiller les choses : il n’y a rien à Douz qui puisse rappeler une ville au sens actuel du terme. Douz, c’est une grande avenue qui part du Souk artisanal (et le marché des légumes et fruits) pour échouer sur la porte du Sahara, à quelques centaines de mètres de l’Hôtel El Mouradi. Ajoutez quelques magasins assez sommaires et quelques cafés populaires et vous aurez tout vu. De part et d’autre, c’est Douz la profonde avec ses quelque 40 mille habitants. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la vie même de Douz commence précisément sur la porte du Sahara, non ailleurs.

La principale activité de la ville c’est l’agriculture. Laquelle est concentrée sur les dattes. A lui seul, le gouvernorat de Kébili produit environ 60% de la production nationale dont plus de… 60 % reviennent à Douz. Il est rare qu’un citoyen de Douz n’ait pas de palmiers propres à lui ; le plus pauvre de Douz possède au moins une tête de palmier. Pour la majorité écrasante des M’razigues, la vie est au pied du palmier, à dos du chameau et dans le Sahara. Pour rien au monde les M’razigues n’acceptent de vivre loin du Sahara (même si l’émigration à l’étranger a commencé à bouger depuis quelque temps).

L’appartenance des M’razigues à leur Sahara est à ce point forte qu’au printemps de chaque année, la ville se vide de ses habitants qui vont investir le désert, avec moult attirail, pour y séjourner pendant au moins une bonne vingtaine de jours. Chez eux, l’appel du Sahara est aussi fort que l’appel à la prière ou au pèlerinage. Justement, c’est leur pèlerinage annuel lors duquel enfants, jeunes, adultes et vieux étreignent le Sahara à bras-le-corps.

Après les dattes, la deuxième activité à Douz est l’artisanat. Primaire et plutôt primitif, l’artisanat s’est peu à peu développé grâce à l’Etat qui, par diverses associations interposées, a octroyé bien des crédits pour la promotion de l’artisanat, et notamment à l’intention de la femme rurale. En deux ans (2005-2006), 761 crédits ont été consentis. Cela a fait que –juste pour l’exemple– le burnous à duvet de chameau, naguère à près de 400 dinars l’unité, est parti à…1.200 dinars.

Puis est née il y a quelques petites années de là une autre activité : l’élevage. Autrefois, il se limitait au chameau. Depuis quelque temps, il s’est attaqué aux ovins et bovins. C’est un plus considérable qui anime autrement l’économie à Douz. D’ailleurs, l’on va dire, sans risque de nous tromper, que l’agriculture, l’artisanat et l’élevage ont laissé très peu de place au chômage. Mais là où le chômage sévit, c’est au niveau du supérieur. La ville de Douz est pratiquement la seule, en Tunisie, à pouvoir s’enorgueillir d’avoir le taux de scolarité le plus élevé : 100 %. Il n’y a pas un seul enfant à Douz (fille ou garçon) qui ne soit scolarisé. De surcroît, l’austérité de la vie a fait que ces enfants n’aient rien d’autre à faire qu’étudier. Par conséquent, le taux de réussite est très fort. Pour les 40 mille habitants de Douz, il existe 19 écoles primaires, 9 lycées, 3 écoles privées et 1 école de métiers. C’est tout dire…

Or, il y a un atout majeur à Douz mais que ses habitants ne semblent pas lui accorder un vrai intérêt : le Sahara ! Dites-vous bien ceci : sans le Sahara et son chameau, il n’y a rien à voir à Douz. Et c’est ce Sahara qui a conféré à Douz une activité par trop importante : le tourisme. Pour l’étranger, le dépaysement et le tourisme saharien, c’est curieusement Tozeur qui vient en tête en premier lieu. Mais une fois à Tozeur, l’étranger demande vite où est le Sahara. Cela veut dire que plus de 70% des touristes qui viennent à Tozeur finissent à Douz.

Certes, le séjour à Douz est dit tourisme de passage. Il n’empêche. A la cadence d’une seule nuit par tête de touriste, la ville de Douz enregistre la bagatelle de plus de 400 mille nuitées par an (460 mille nuitées en 2006). Cette dynamique a entraîné au fil des ans la construction de six hôtels classés de deux à quatre Etoiles, mais beaucoup de campements non classés. Mieux : nombre de citoyens se sont mis à louer leurs foyers aux touristes. C’est simple : à Douz, la saison basse se limite aux mois de janvier-février ; puis, c’est l’envol.

Grâce à son Musée, Tozeur fait beaucoup parler d’elle. Et c’est tout à l’honneur du secteur privé qui en a pris conscience. Le problème à Douz, c’est que personne ni rien n’en fait parler. La ville ne semble pas avoir conscience de l’importance de son Sahara qu’elle n’essaye pas de vendre mieux et davantage. Mais c’est là qu’il y a du travail à faire et qui n’incombe pas nécessairement à l’Etat-Providence. Quand le secteur privé s’éveillera, Douz émergera…



Par Mohamed BOUAMOUD
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