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    Les Afghans se mobilisent pour la démocratie

    Les Afghans se mobilisent pour la démocratie


    De notre envoyé spécial à Kaboul, Renaud Girard
    18/08/2009 | Mise à jour : 08:41 |

    Le candidat à l'élection présidentielle afghane Abdullah Abdullah, a tenu lundi un dernier meeting au stade Ghazi, à Kaboul. Crédits photo : AFP
    Une foule s'est rassemblée lundi dans le stade de Kaboul pour écouter le principal rival du président Karzaï, Abdullah Abdullah.

    Le stade Ghazi, situé à l'est de la capitale, au pied de la colline des cerfs-volants, a connu diverses fortunes. Du temps du roi Zaher, il abritait des rencontres sportives entre nations d'Asie centrale et du Sous-Continent. Du temps du régime de l'«émirat islamique» des talibans (1996-2001), c'était le lieu des grandes cérémonies d'exécutions publiques.
    C'est là qu'on coupait la main des voleurs et qu'on pendait les meurtriers qui n'avaient pas eu la chance de conclure, selon les règles du pashtounwali (code d'honneur ancestral des Pachtounes), un arrangement de pardon avec les familles de leurs victimes. Les condamnés avaient droit, selon les circonstances, à un gibet de bois classique ou, plus spectaculairement, à une haute grue de chantier. Les talibans ratissaient préalablement les rues pour remplir le stade de bon peuple : il était crucial que ces exécutions servissent d'exemple pour ceux qui auraient été tentés d'enfreindre la loi de Dieu.

    Mer de drapeaux bleu ciel


    Ce lundi matin, dernier jour officiel de la campagne électorale, l'ambiance était beaucoup plus joyeuse dans les tribunes et sur la pelouse râpée du stade Ghazi. Abdullah Abdullah, le principal opposant à l'actuel président Hamid Karzaï, y tenait son dernier meeting de candidat à l'élection présidentielle, prévue pour jeudi.
    Docteur en médecine ayant fait ses études en Inde, Abdullah Abdullah, de père tadjik et de mère pachtoune, fut le principal conseiller politique du mythique commandant Massoud, jusqu'à l'assassinat de ce dernier, le 9 septembre 2001, par un commando de militants d'al-Qaida déguisés en journalistes d'une chaîne satellitaire arabe. Après la chute de Kaboul (novembre 2001), il devint ministre des Affaires étrangères du gouvernement présidé par le Pachtoune Hamid Karzaï. Abdullah rompit avec le président en 2006, estimant que ce dernier s'était montré incapable de construire une administration efficace, de combattre la corruption et d'éradiquer la culture du pavot (l'Afghanistan produit à lui seul plus de la moitié de l'opium et de l'héroïne consommés dans le monde).
    Dominé par d'immenses portraits des grands leaders de l'histoire afghane (le roi Babur en costume persan du XVIe siècle, le roi Nader du début du XVIIIe siècle, le roi Zaher en uniforme d'officier de style britannique, le président Karzaï coiffé de son habituel bonnet d'astrakan à la Atatürk), le stade s'est très vite mué en mer de drapeaux bleu ciel, couleur choisie par l'état-major de campagne d'Abdullah. «Chez nous, cette couleur incarne la paix, la prospérité et la justice», explique, dans son anglais rocailleux, Nabi, 25 ans, diplômé en littérature de l'Université de Kaboul, et aujourd'hui chômeur.
    «Nous n'avons pas vaincu l'occupation soviétique et le régime cruel des talibans pour vivre aujourd'hui avec un État faible, corrompu, et indifférent à toutes les injustices !», hurle le candidat Abdullah dans le micro, suscitant les vivats de la foule. «Karzaï a dit qu'il m'inviterait à prendre le thé pour m'offrir un poste ministériel dans sa future administration. Je lui réponds qu'il n'aura pas à se donner cette peine, car c'est moi qui remporterai le scrutin !», poursuit le leader de l'opposition. «Il y a une heure, le gouvernement a arrêté l'équipage d'un hélicoptère privé loué par notre campagne, qui avait jeté des tracts sur Kaboul. Pourquoi ? Pourquoi ? Nous ne sommes pas illégaux que je sache !» À l'évidence, Abdullah sait tenir une foule.

    Un enclos pour les femmes


    Perdus au milieu d'elle, nous sommes soudain pris d'un sentiment étrange. Où sont les femmes ? Il n'y en a pas une seule sur cette immense pelouse. Mais, en scrutant les tribunes, nous remarquons qu'un enclos leur a été réservé, non loin de la sortie, au cas où les choses tourneraient mal. Elles sont une petite soixantaine, toutes très jeunes, les cheveux voilés d'un foulard bleu ciel. À la fin du meeting, le service d'ordre prendra soin de les évacuer dignement, afin qu'elles n'aient aucune chance d'être importunées par les groupes de jeunes militants, ou par les gangs de pickpockets (au demeurant rassasiés par leur moisson antérieure de portefeuilles chipés à d'imprudents journalistes occidentaux).
    Dans la foule masculine se tiennent deux amis venus dans un minibus hors d'âge de la plaine de Chamali (qui depuis le nord-est de Kaboul aboutit à la haute vallée du Panchir). Tous deux admirateurs de Massoud, l'un, coiffé d'un bonnet d'astrakan, est un exploitant agricole qui ne touche pas au pavot, l'autre, le traditionnel pakoul panchiri sur la tête, est un ancien moudjahidine de la guerre anti-soviétique, pensionné par l'État. «Les talibans étaient cruels mais honnêtes. Les gens de Karzaï nous laissent notre liberté mais ils sont corrompus. C'est un troisième Afghanistan que nous espérons aujourd'hui !», m'expliquent-ils en cœur.
    Abdullah, dont la campagne a été très énergique, avec une montée en puissance parfaitement orchestrée au cours des deux dernières semaines, a désormais de fortes chances de contraindre Karzaï au ballottage.

    Le retour de Dostom


    Mais le président actuel a sorti lundi son arme secrète. Il a autorisé le retour au pays du général Dostom, seigneur de la guerre ouzbek, jadis connu pour sa manie de faire rouler ses chars sur le corps de ses prisonniers de guerre.
    Le général, serviteur successif du régime communiste, du régime anarchique des Moudjahidines (1992-1996) et de l'Alliance du Nord (qui conquit Kaboul sur les talibans en novembre 2001), avait quitté le pays l'an dernier après la levée de la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet, après des affrontements armés entre ses partisans et une faction rivale en plein centre de Kaboul.
    Ses partisans avaient menacé de retirer leur soutien au président Hamid Karzaï à l'élection présidentielle de jeudi prochain si leur leader n'était pas autorisé à rentrer de son exil.
    Aux élections présidentielles de 2004, Dostom avait recueilli 10 % des voix. Dans un pays où l'exercice du vote démocratique suit grandement des lignes ethniques, le bloc des voix ouzbekes ne pouvait pas être négligé par le pouvoir en place…
    » Les Britanniques doutent de la stratégie de leur armée en Afghanistan
    » Les talibans menacent les électeurs afghans

    http://www.lefigaro.fr/international...emocratie-.php


  2. #2
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    Elections corrompues en Afghanistan

    Par James Cogan
    17 août 2009


    Il est largement reconnu que les élections présidentielles du 20 août en Afghanistan seront dominées par la fraude, le soudoiement ou l’intimidation des électeurs dans les régions contrôlées par les Etats-Unis et l’OTAN.

    Dans les provinces du sud d’ethnie pachtoune où l’insurrection menée par les talibans, qui ont appelé au boycott du vote, est la plus active, l’on s’attend à une abstention de masse. Les résultats ne seront pas fiables et il manquera toute légitimité au nouveau gouvernement.

    Le responsable de la Commission afghane indépendante pour les droits de l’homme (AIHRC), Abdul Qader Noorzai, a indiqué au début du mois au New York Times, qu’il s’attendait à un taux de participation inférieur à 30 pour cent dans le sud. Faisant allusion à l’ampleur éventuelle de la fraude, un observateur électoral afghan anonyme a jugé qu’il y a en circulation plus de 3 millions de doubles des cartes d’enregistrement des électeurs, soit près de 20 pour cent d’un total de 17 millions.

    Richard Holbrooke, l’envoyé spécial du gouvernement Obama, avait admis fin juillet durant son séjour en Afghanistan : « Nous sommes inquiets à propos d’une fraude lors de l’enregistrement des électeurs et nous sommes inquiets que les électeurs ne puissent pas joindre les bureaux de vote en raison de l’insécurité et nous sommes inquiets quant à l’exactitude du décompte des voix et nous sommes inquiets quant à la possibilité pour les femmes de voter. »

    L’ambassadeur britannique en Afghanistan, Mark Sewell, a dit le 5 août lors d’une conférence de presse, « Nous devons reconnaître que ces élections ne seront pas parfaites, elles ne seront pas conformes aux normes comme elles le sont dans les démocraties occidentales avec une population éduquée. »

    L’on s’attend à ce que l’actuel président, Hamid Karzaï, remporte ces élections « imparfaites », probablement avec plus de 50 pour cent des votes ce qui rendrait superflu un second tour.

    Karzaï est soutenu par diverses éminences grises à base ethnique qui ont soutenu l’invasion américaine et qui de ce fait ont recouvré une importance politique. Ils ont une fois de plus, au cours de ces sept dernières années et sous la protection des forces d’occupation des Etats-Unis et de l’OTAN, transformé le nord et l’ouest du pays en fiefs personnels.

    La campagne de Karzaï est soutenue par une vraie collection de portraits de criminels appartenant à des seigneurs de guerre et des tyrans qui avaient plongé l’Afghanistan dans une brutale guerre civile qui avait duré de 1992 à 1996 avant d’être chassés du pouvoir par une insurrection dirigée par les talibans.

    Les deux candidats à la vice-présidence aux côtés de Karzaï sont l’homme fort tadjik Mohammed Qasim Fahim et l’éminence grise Hazai, Karim Khalili. Karzaï fut appuyé par le seigneur de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostum. Tous trois sont accusés de crimes de guerre commis dans les années 1990. Ils contrôlent officiellement les gouvernements locaux, la police, des unités de l’armée afghane et des responsables électoraux dans leurs sphères d’influence respectives.

    Karzaï est également soutenu par le seigneur de guerre anti-talibans Abdul *** Rassoul Sayyaf, un islamiste fanatique qui fut accusé d’avoir déclenché à multiples reprises « une boucherie humaine » durant la guerre civile. Il fut également appuyé par Gul Agha Sherzai, une éminence grise pachtoune dont le règne brutal sur Kandahar de 1992 à 1994 fut un facteur significatif d’encouragement pour le soutien des talibans. L’Australian Broadcasting Corporation (ABC) l’avait accusé en juin d’être l’un des principaux barons de la drogue du pays.

    Dans d’autres régions pachtounes du sud contrôlées par l’occupation, la campagne de Karzaï repose sur l’argent et le pouvoir provenant du réseau de liens familiaux et tribaux qu’il a tissé depuis 2001.

    Le frère aîné de Karzaï, Mahmoud, un citoyen américain, est à présent l’homme le plus riche d’Afghanistan dû au népotisme et aux contrats accordés à ses entreprises. Il est devenu le propriétaire de l’unique usine de ciment du pays et il détient les droits de distribution des voitures Toyota. Un autre frère, Ahmed Wali, a prétendument financé par le négoce de l’opium ses principales entreprises commerciales et ses biens fonciers à Kandahar.

    C’est avec un mélange d’intimidation et de corruption active que Karzaï essaie de s’assurer la victoire sur les 40 autres candidats, et il ne s’est pas donné la peine de participer aux quelques débats télévisés retransmis par la télévision afghane. Il peut aussi compter sur des médias entièrement serviles. Les journaux d’Etat ont consacré 69 pour cent de leur couverture médiatique des élections à Karzaï et à peine 14 pour cent à son principal adversaire, Abdullah Abdullah.

    Un membre des services secrets occidentaux avait dit à Elizabeth Rubin du magazine New York Times : « La famille Karzaï a de l’opium et du sang sur les mains. Elle nomme systématiquement tous les agents de l’Etat, du niveau local à celui de gouverneur de province, pour s’assurer que l’opium circule sans entrave une fois le portail de la ferme passé. L’histoire retiendra que cette famille est mêlée à toute une série d’affaires de corruption intensive qui furent tolérées parce que l’Occident a toléré cette famille. »

    Et c’est l’homme qui est présenté internationalement comme le symbole de la « démocratie » forgée par les Etats-Unis et l’OTAN en Afghanistan.
    Au cours de ces derniers mois, les politiciens américains et de l’OTAN, les analystes et les commandants militaires ont manifesté leur inquiétude selon laquelle le caractère corrompu du gouvernement de Kaboul est devenu un facteur important de l’intensification de l’insurrection menée par les talibans. Des millions d’Afghans considèrent Karzaï comme un fantoche des puissances impérialistes qui cherchent à imposer un régime néo-colonial dans le pays.

    Face aux critiques grandissantes concernant Karzaï, il est tout à fait possible que le gouvernement Obama décide de renoncer totalement au semblant de démocratie en Afghanistan en imposant un quelconque « gouvernement de transition. »
    Vont dans cette direction des déclarations récentes faites par David Kilcullen, le conseiller du général David Petraeus en matière de contre-insurrection en Irak et qui a maintenant été détaché auprès du commandant américain en Afghanistan, le général Stanley McChrystal. Il a comparé Karzaï au président de la République du Vietnam Sud, Ngo Dinh Diem, que le gouvernement Kennedy avait écarté du pouvoir et qui fut assassiné en 1963 lors d’un coup d’Etat militaire commandité par les Etats-Unis.

    Kilcullen a déclaré à l’Institut américain pour la paix : « Il [Karzaï] est considéré comme inefficace, sa famille est corrompue ; il a monté une grande partie de la population contre lui. Il semble être paranoïaque, avoir des fantasmes et perdu tout contact avec la réalité. C’est le genre de choses qui avait été dit au sujet du président Diem en 1963. »
    Le caractère corrompu des élections afghanes et les suggestions voilées faites par Kilcullen au sujet d’un coup d’Etat après les élections montrent que les justifications officielles de la guerre en Afghanistan sont cyniques et un tissu de mensonges.

    Les troupes américaines et de l’OTAN ne tuent pas et ne meurent pas en nombre grandissant pour la « démocratie » ou pour prévenir le terrorisme. Comme au Vietnam, la guerre en Afghanistan est une entreprise néo coloniale. Son but est de préserver l’Afghanistan comme base opérationnelle dans la lutte grandissante pour le pouvoir économique et stratégique dans la région d’Asie centrale riche en ressources.
    La guerre néo-coloniale dans la région pourrait déclencher un conflit ouvert entre l’impérialisme américain et ses rivales, telles la Russie et la Chine qui disposent de capacités militaires bien plus importantes que les hommes des tribus afghanes pauvrement armés.

    (Article original paru le 10 août 2009)

    http://www.wsws.org/francais/News/20...-a17_prn.shtml

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