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Le Manga décrypté

Discussion: Le Manga décrypté - Forums: Culture - Categorie: Le Magazine ; À l'occasion du Salon du livre, qui se tiendra du 14 au 19 mars à Paris, zoom sur un genre ...


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Vieux 14/03/2008, 22h05   #1
Le Manga décrypté
 
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sannoush
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sannoush sannoush est déconnecté 14/03/2008, 22h05

À l'occasion du Salon du livre, qui se tiendra du 14 au 19 mars à Paris, zoom sur un genre littéraire venu du pays du Soleil-Levant, qui ne cesse de gagner des adeptes, voire des addicts. Qui est-il ? Ou plutôt qui sont-ils, puisque la diversité est légion en la matière ? Qui intéresse-t-il ? Jusqu'où ira-t-il ? Petit voyage sur la planète manga.



Le manga possède au Japon un statut comparable - mais faut-il entreprendre des rapprochements, qui se révèleront de toute façon toujours un peu fumeux ? - à celui de la littérature en Occident. Mais il existait bien avant Akira ou Pokémon.

Le genre, au départ spécifiquement nippon, a derrière lui une longue histoire, plus complexe qu'on ne l'imagine souvent. Beaucoup, en France, ont passé leur jeunesse à lire des bandes dessinées en simples amateurs, sans autre perspective que le plaisir d'une distraction de qualité, pas assez curieux, en tout cas, pour transformer leur plaisir en passion et aller fouiller dans les fanzines, où certains des représentants du "neuvième art" exploraient des voies inédites, expérimentaient des systèmes narratifs et stylistiques nouveaux, en rupture avec les codes de la bonne vieille BD de papa.


DECLOISONNER LES GENRES

Ces lecteurs-là, donc, ont peut-être du manga une idée tronquée. Les autres, ceux que leur appétit a menés au-delà du magazine Spirou et des albums de Franquin, Hergé, Goscinny, Tardi, Hugo Pratt... bref, tous les fondus qui ont continué à lire des bandes dessinées après leur adolescence et ont suivi l'évolution fulgurante du secteur ces dernières années - sa faculté à s'approprier des questions historiques, politiques, sociales, comme le fait la littérature - ceux-là ont sans doute une plus juste idée de l'importance culturelle du manga dans toutes les strates de la société japonaise. Et il n'est d'ailleurs pas surprenant que l'arrivée du manga en France coïncide approximativement avec cette évolution de la bande dessinée et l'entrée en scène d'une nouvelle génération d'auteurs publiés chez des éditeurs spécialisés (L'Association, Vertige-Graphic, Les Requins Marteaux, Imho, etc.), ou dans des collections créées chez de prestigieux éditeurs, jusque-là exclusivement versés dans la littérature (Gallimard "Futuropolis", Actes Sud BD, Denoël "Graphic", Albin Michel BD, Seuil, etc.).


UN PEU D'HISTOIRE(S)

Ce que l'on connaissait en France du manga, sans forcément l'identifier comme tel, c'étaient les dessins animés diffusés au début des années 1980 à la télévision dans les émissions enfantines, et que les chaînes achetaient à bas prix à des studios japonais qui les produisaient à des cadences industrielles .


Les garçons se souviennent d'Albator, Goldorak ou Cobra, et les filles des ambiances pastel et gentiment mièvres de Candy - on retrouve un peu cette manière, en plus sophistiqué, dans l'interminable feuilleton de Riyoko Ikeda, La rose de Versailles (Kana), et ses intrigues amoureuses à la cour de Louis XVI. Or, avant de devenir des films d'animations, ces séries existaient au Japon à l'état de mangas où ils jouissaient d'une popularité considérable. Albator, le pirate galactique et balafré, est apparu au Japon en 1977 sous la plume de Leiji Matsumoto, avant d'être adapté un an plus tard en dessin animé - édité par Kana, sous le titre Capitaine Albator. Et l'illustre Goldorak, sorti en 1975 de l'imagination de Go Nagai (chez Dynamic Vision, sous le titre UFO Robot Goldorak), s'il est né au moment où la technologie japonaise accomplissait des prouesses d'innovation dans le domaine de la miniaturisation électronique, n'était que l'un des représentants d'une riche tradition nippone de héros robots.
Trois ans plus tôt, Go Nagai créait Mazinger Z (géant construit dans un métal indestructible, le "Japonium", et doté d'une technologie high-tech), mais ces créatures possédaient des ancêtres qui avaient été enfantés dans un contexte nettement plus troublé. En 1943, alors que la guerre faisait rage entre les États-Unis et le Japon, les dessinateurs, sommés de soutenir la grande bataille patriotique, imaginaient d'invincibles guerriers comme Science Warrior, un robot aux bottes cloutées, chargé d'aller piétiner New York. Le manga de guerre faisait en quelque sorte pendant au comic militariste, dont les supers-héros ont connu une jolie postérité (Captain America ou Superman, pour les plus fameux). Les auteurs de manga (mangakas) continueraient, pour certains, à relayer le discours gouvernemental après la défaite, en assignant néanmoins à leurs robots des missions plus pacifiques.

Né en 1956, Gigantor fut l'un d'eux : il était chargé de déjouer les complots menaçant la tranquillité retrouvée du monde. Ce petit panorama robotique serait incomplet si l'on n'y faisait figurer le célèbre Astro Boy (publié chez Glénat), inventé en 1951 par le non moins célèbre et fort prolifique Tezuka. Tout robot qu'il fut, Astro Boy n'en possédait pas moins une famille, une sensibilité toute humaine et un sens aigu de la justice. Son succès parmi la jeunesse japonaise fut foudroyant.




UN VRAI GENRE LITTERAIRE

Qu'on ne se méprenne cependant pas, les auteurs de mangas ne sont tous pas voués à recycler la propagande nationaliste dans de sanglantes épopées ou à endormir le bon peuple dans des bluettes lénifiantes - compromissions dont ne se sont jamais rendus coupables aucun des auteurs qui viennent d'être cités.

Seulement, à côté de mangas grand public et plutôt destinés à distraire, existent des auteurs (par ailleurs très populaires) attachés à ausculter les maux de la société japonaise et à interpeller leurs lecteurs . Les tragédies d'Hiroshima et de Nagasaki, l'humiliation de la défaite et de l'occupation américaine, les problèmes économiques et le désarroi social d'après-guerre, puis les bouleversements culturels induits par les succès de l'économie (cadences effrénées, suicides, problèmes de logement...) fournissaient une abondante matière aux mangakas.



Le type gekiga, inauguré en 1957 par Yoshihiro Tatsumi, est représentatif de la détermination de certains artistes à parler dans leurs œuvres des maux sociaux et politiques du Japon. Le gekiga montrait la réalité sans fard et ses thèmes étaient, par exemple, la prostitution, le chômage, les orphelins ou la présence des soldats américains parmi la population. De ce point de vue, les brefs récits de Tatsumi (en France chez Vertige Graphic) sont des bijoux. Les histoires semi-autobiographiques de Keiji Nakazawa (Gen d'Hiroshima, chez Vertige Graphic) sont aussi des merveilles, mais prennent pour sujet un autre motif, infiniment plus traumatisants : les bombardements atomiques américains. L'approche poétique et intimiste de Jiro Taniguchi dans L'Homme qui marche (Casterman) ou Le Sommet des dieux (Dargaud) est sans doute le reflet d'une société revenue de chocs et d'angoisses profondes, qui se préoccupe dorénavant de vivre en harmonie avec la nature, de profiter de l'existence...

L'intime est aussi le dada d'auteurs comme Kazuo Umezu, Junji Ito, ou encore, dans un style un peu différent, du formidable Suehiro Maruo (édité par Imho et Lézard noir), mais ce sont plutôt les angoisses existentielles de l'homme que scrutent ces auteurs, nos monstres intimes, nos obsessions secrètes, nos cauchemars et nos perversités meurtrières. Et ils le font par le biais de ce qu'il faut bien appeler le "manga d'horreur", genre auquel ils ont offert des chefs-d'œuvre.


Ce phénomène (avec ses diverses déclinaisons) est pendant longtemps resté spécifiquement japonais. Reste que ces dernières années, une génération d'auteurs français, américains, italiens, argentins, espagnols... (traduits et publiés chez les éditeurs mentionnés plus haut) se sont mis à visiter des thèmes que l'on supposait appartenir au seul domaine de la littérature - que l'on aurait trouvé parfaitement incongru de voir développer dans des bandes dessinés -, en suivant toutefois des démarches peut-être plus intimistes que leurs semblables japonais.

source: anous.fr
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Vieux 15/03/2008, 10h43   #2 (permalink)
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À l'occasion du Salon du livre, qui se tiendra du 14 au 19 mars à Paris, zoom sur un genre littéraire venu du pays du Soleil-Levant, qui ne cesse de gagner des adeptes, voire des addicts. Qui est-il ? Ou plutôt qui sont-ils, puisque la diversité est légion en la matière ? Qui intéresse-t-il ? Jusqu'où ira-t-il ? Petit voyage sur la planète manga.



Le manga possède au Japon un statut comparable - mais faut-il entreprendre des rapprochements, qui se révèleront de toute façon toujours un peu fumeux ? - à celui de la littérature en Occident. Mais il existait bien avant Akira ou Pokémon.

Le genre, au départ spécifiquement nippon, a derrière lui une longue histoire, plus complexe qu'on ne l'imagine souvent. Beaucoup, en France, ont passé leur jeunesse à lire des bandes dessinées en simples amateurs, sans autre perspective que le plaisir d'une distraction de qualité, pas assez curieux, en tout cas, pour transformer leur plaisir en passion et aller fouiller dans les fanzines, où certains des représentants du "neuvième art" exploraient des voies inédites, expérimentaient des systèmes narratifs et stylistiques nouveaux, en rupture avec les codes de la bonne vieille BD de papa.


DECLOISONNER LES GENRES

Ces lecteurs-là, donc, ont peut-être du manga une idée tronquée. Les autres, ceux que leur appétit a menés au-delà du magazine Spirou et des albums de Franquin, Hergé, Goscinny, Tardi, Hugo Pratt... bref, tous les fondus qui ont continué à lire des bandes dessinées après leur adolescence et ont suivi l'évolution fulgurante du secteur ces dernières années - sa faculté à s'approprier des questions historiques, politiques, sociales, comme le fait la littérature - ceux-là ont sans doute une plus juste idée de l'importance culturelle du manga dans toutes les strates de la société japonaise. Et il n'est d'ailleurs pas surprenant que l'arrivée du manga en France coïncide approximativement avec cette évolution de la bande dessinée et l'entrée en scène d'une nouvelle génération d'auteurs publiés chez des éditeurs spécialisés (L'Association, Vertige-Graphic, Les Requins Marteaux, Imho, etc.), ou dans des collections créées chez de prestigieux éditeurs, jusque-là exclusivement versés dans la littérature (Gallimard "Futuropolis", Actes Sud BD, Denoël "Graphic", Albin Michel BD, Seuil, etc.).


UN PEU D'HISTOIRE(S)

Ce que l'on connaissait en France du manga, sans forcément l'identifier comme tel, c'étaient les dessins animés diffusés au début des années 1980 à la télévision dans les émissions enfantines, et que les chaînes achetaient à bas prix à des studios japonais qui les produisaient à des cadences industrielles .


Les garçons se souviennent d'Albator, Goldorak ou Cobra, et les filles des ambiances pastel et gentiment mièvres de Candy - on retrouve un peu cette manière, en plus sophistiqué, dans l'interminable feuilleton de Riyoko Ikeda, La rose de Versailles (Kana), et ses intrigues amoureuses à la cour de Louis XVI. Or, avant de devenir des films d'animations, ces séries existaient au Japon à l'état de mangas où ils jouissaient d'une popularité considérable. Albator, le pirate galactique et balafré, est apparu au Japon en 1977 sous la plume de Leiji Matsumoto, avant d'être adapté un an plus tard en dessin animé - édité par Kana, sous le titre Capitaine Albator. Et l'illustre Goldorak, sorti en 1975 de l'imagination de Go Nagai (chez Dynamic Vision, sous le titre UFO Robot Goldorak), s'il est né au moment où la technologie japonaise accomplissait des prouesses d'innovation dans le domaine de la miniaturisation électronique, n'était que l'un des représentants d'une riche tradition nippone de héros robots.
Trois ans plus tôt, Go Nagai créait Mazinger Z (géant construit dans un métal indestructible, le "Japonium", et doté d'une technologie high-tech), mais ces créatures possédaient des ancêtres qui avaient été enfantés dans un contexte nettement plus troublé. En 1943, alors que la guerre faisait rage entre les États-Unis et le Japon, les dessinateurs, sommés de soutenir la grande bataille patriotique, imaginaient d'invincibles guerriers comme Science Warrior, un robot aux bottes cloutées, chargé d'aller piétiner New York. Le manga de guerre faisait en quelque sorte pendant au comic militariste, dont les supers-héros ont connu une jolie postérité (Captain America ou Superman, pour les plus fameux). Les auteurs de manga (mangakas) continueraient, pour certains, à relayer le discours gouvernemental après la défaite, en assignant néanmoins à leurs robots des missions plus pacifiques.

Né en 1956, Gigantor fut l'un d'eux : il était chargé de déjouer les complots menaçant la tranquillité retrouvée du monde. Ce petit panorama robotique serait incomplet si l'on n'y faisait figurer le célèbre Astro Boy (publié chez Glénat), inventé en 1951 par le non moins célèbre et fort prolifique Tezuka. Tout robot qu'il fut, Astro Boy n'en possédait pas moins une famille, une sensibilité toute humaine et un sens aigu de la justice. Son succès parmi la jeunesse japonaise fut foudroyant.




UN VRAI GENRE LITTERAIRE

Qu'on ne se méprenne cependant pas, les auteurs de mangas ne sont tous pas voués à recycler la propagande nationaliste dans de sanglantes épopées ou à endormir le bon peuple dans des bluettes lénifiantes - compromissions dont ne se sont jamais rendus coupables aucun des auteurs qui viennent d'être cités.

Seulement, à côté de mangas grand public et plutôt destinés à distraire, existent des auteurs (par ailleurs très populaires) attachés à ausculter les maux de la société japonaise et à interpeller leurs lecteurs . Les tragédies d'Hiroshima et de Nagasaki, l'humiliation de la défaite et de l'occupation américaine, les problèmes économiques et le désarroi social d'après-guerre, puis les bouleversements culturels induits par les succès de l'économie (cadences effrénées, suicides, problèmes de logement...) fournissaient une abondante matière aux mangakas.



Le type gekiga, inauguré en 1957 par Yoshihiro Tatsumi, est représentatif de la détermination de certains artistes à parler dans leurs œuvres des maux sociaux et politiques du Japon. Le gekiga montrait la réalité sans fard et ses thèmes étaient, par exemple, la prostitution, le chômage, les orphelins ou la présence des soldats américains parmi la population. De ce point de vue, les brefs récits de Tatsumi (en France chez Vertige Graphic) sont des bijoux. Les histoires semi-autobiographiques de Keiji Nakazawa (Gen d'Hiroshima, chez Vertige Graphic) sont aussi des merveilles, mais prennent pour sujet un autre motif, infiniment plus traumatisants : les bombardements atomiques américains. L'approche poétique et intimiste de Jiro Taniguchi dans L'Homme qui marche (Casterman) ou Le Sommet des dieux (Dargaud) est sans doute le reflet d'une société revenue de chocs et d'angoisses profondes, qui se préoccupe dorénavant de vivre en harmonie avec la nature, de profiter de l'existence...

L'intime est aussi le dada d'auteurs comme Kazuo Umezu, Junji Ito, ou encore, dans un style un peu différent, du formidable Suehiro Maruo (édité par Imho et Lézard noir), mais ce sont plutôt les angoisses existentielles de l'homme que scrutent ces auteurs, nos monstres intimes, nos obsessions secrètes, nos cauchemars et nos perversités meurtrières. Et ils le font par le biais de ce qu'il faut bien appeler le "manga d'horreur", genre auquel ils ont offert des chefs-d'œuvre.


Ce phénomène (avec ses diverses déclinaisons) est pendant longtemps resté spécifiquement japonais. Reste que ces dernières années, une génération d'auteurs français, américains, italiens, argentins, espagnols... (traduits et publiés chez les éditeurs mentionnés plus haut) se sont mis à visiter des thèmes que l'on supposait appartenir au seul domaine de la littérature - que l'on aurait trouvé parfaitement incongru de voir développer dans des bandes dessinés -, en suivant toutefois des démarches peut-être plus intimistes que leurs semblables japonais.

source: anous.fr

c'est vrai, les mangas ne sont pas comme les bandes dessinées ou les dessins animés que la plupart des gens en tunisie connaissent. dans les manga, on retrouve réellement une philosophie, une histoire plus ou moins solide et prenante (tout dépend des manga) et un style littéraire soutenu. je prends l'exemple de "Death Notes" qui traite du crime parfait et de la mort, il y a aussi "Kyo" qui relate des légendes du Moyen Age japonnais, avec le tres redouté Nobunaga. il y a aussi "Ghost in the Shell" qui parle de l'ame, de l'esprit et des relations entre hommes et machines.
Je pourrai donner d'autres exemples, mais je suis un peu trop paresseux pour ecrire
je suis comme tu peux le constater un fan de mangas.
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