Mirna et Vida sont ravies. Dans un très chic cabinet de chirurgie esthétique de Téhéran, le Dr Gheisari vient de retirer le pansement qui couvrait le nez flambant neuf de leur mère. Après la rhinoplastie de ses deux filles, un mois plus tôt, Mme Javaherian leur a emboîté le pas.

La chirurgie esthétique est en vogue en Iran. Une centaine de chirurgiens y pratiquent ce type d'opérations légalement, dont le Dr Gheisari (au nez somptueux, tout droit sorti d'un bas-relief de Persépolis), qui en fait un commerce lucratif. Il facture 3 400 euros par intervention, dix-huit mois du salaire minimum, et revendique une à trois opérations par jour.
A la sortie d'un lycée huppé, parmi huit jeunes filles en tenues strictes bleu sombre et marnahe - un voile proche de la cagoule - une seule n'envisage pas une opération avant son bac. Et les hommes s'y mettent: ils forment 10 à 15% de la clientèle du Dr Gheisari. Ainsi, Ehsan, 17 ans, est venu avec sa mère, qui s'est déjà fait opérer ici. Elle invoque «des difficultés respiratoires qui gênent son sommeil» pour justifier l'intervention. «Comme la plupart des clients», précise le chirurgien.

Dans les allées aseptisées d'un centre commercial proche de la place Tadjrich, où les jeunes Téhéranais flânent et, pourquoi pas, draguent en fin d'après-midi, Hossein, 19 ans, arbore fièrement un pansement de plâtre au nez. «Je le porte depuis deux semaines, mais en fait, je ne me suis pas fait opérer, explique-t-il une fois séparé de ses amis. Ça coûte bien trop cher.» Pas si cher, s'il prenait le risque de recourir à l'un des nombreux médecins non spécialisés, des ORL notamment, qui s'improvisent plasticiens. On peut s'offrir auprès d'eux un nouveau nez autour de 100 euros, sans garantie de résultat. La télévision d'Etat diffuse depuis deux ans des documentaires mettant en garde contre les dangers des opérations clandestines.

Comment expliquer un tel engouement ? Azadeh, une publicitaire de 27 ans, blâme la rigueur de la tenue islamique: «Je porte le voile, je dois cacher mes fesses sous un manteau long, mon décolleté, mes hanches ! Il ne me reste que mon visage.» A ses côtés, une amie, habillée d'un «abayeh» qui la couvre des pieds à la tête, se demande si elle va s'y mettre. «Mes convictions religieuses me disent que ça n'est pas une bonne chose à faire, mais ça me tente.»

«C'est un signe de richesse, avance Mehrdad Oskoui, auteur d'un documentaire fouillé sur le sujet. Une façon de se la jouer très iranienne.» Mirna Javaherian, après avoir évoqué les «difficultés respiratoires», finit ainsi par lancer qu'elle «s'ennuie» dans sa petite bulle de shopping, à l'abri de la stricte morale islamique. Elle a accès à MTV et aux chaînes américaines par le satellite, officiellement interdit, et ne trouve pas chez elle un café agréable, moins encore une boîte de nuit ou des cinémas non censurés. Alors «on s'occupe comme on peut».


source: 20minutes.fr