Dans un paysage nocturne souvent dominé par des sons électroniques rapides et intenses, Disco Tunez avance autrement. Il ne court pas après les tendances. Il remonte le temps. Ancré dans l’esprit de l’âge d’or tunisien des années 1970 et 1980, ce projet événementiel porté par Tunez Magazine ne considère pas la nostalgie comme une simple décoration, mais comme une force vivante et active.
Une initiative portée par une vision culturelle
Fondé par Hedy Ben Hmida sous l’impulsion de Tunez Magazine, le projet s’inscrit dans la mission plus large du magazine en tant que plateforme culturelle indépendante explorant le passé, le présent et le futur de la Tunisie, en valorisant le patrimoine, le tourisme, le cinéma et en donnant une voix aux artistes et aux événements culturels tunisiens.
Se souvenir à travers le rythme
Disco Tunez repose sur une idée simple mais puissante : se souvenir à travers le rythme. Chaque édition est une invitation à entrer dans un passé où les pistes de danse étaient des espaces d’expression, d’élégance et d’énergie collective. La musique n’y est pas traitée comme un vestige, mais comme une matière réactivée.
Le disco vintage, le funk, la soul et le reggae s’y mêlent naturellement aux classiques tunisiens, parfois réinterprétés, parfois laissés intacts, mais toujours respectés.
Une approche artistique sans nostalgie superficielle
Ce qui distingue Disco Tunez, c’est son refus de devenir une soirée déguisée. Il n’y a pas d’esthétique rétro forcée, ni de nostalgie superficielle. L’atmosphère est intentionnelle. La sélection musicale est profondément curatée, mêlant archives locales et grooves internationaux. Une mélodie arabe classique peut glisser vers un morceau disco aux basses puissantes.
Un rythme tunisien oublié peut réapparaître aux côtés d’un hymne soul. Le résultat est un dialogue entre les époques plutôt qu’une simple reproduction.

Des lieux qui façonnent l’expérience
Le choix des lieux renforce cette identité. De l’énergie côtière de Gammarth à celle de Sousse, chaque espace devient une partie intégrante du récit.
Ces lieux ne sont pas de simples décors, ils façonnent l’expérience, permettant à la musique et au public d’interagir de manière à la fois intime et expansive.
Une saison estivale comme portail temporel
La saison estivale à venir apporte une nouvelle dimension à cette vision. Sous le slogan A portal to a neverending summer, Disco Tunez cherche à raviver l’atmosphère des étés tunisiens des années 60, 70 et 80. Le projet s’inspire d’une époque où les hôtels balnéaires, les clubs et les espaces en plein air définissaient une culture disco à la fois tunisienne et méditerranéenne. Cette édition ne se concentre pas uniquement sur le son, mais sur le ressenti, la chaleur, la liberté et un rythme qui s’étend du coucher du soleil jusqu’à l’aube.
La saison s’ouvre le 16 mai 2026 à Aïna à Gammarth, lançant une série d’événements répartis sur trois lieux soigneusement sélectionnés.

Une ouverture vers la diaspora avec saHHara
C’est dans ce contexte que Disco Tunez s’ouvre à une dimension transnationale avec une édition spéciale en collaboration avec saHHara, un collectif basé à Berlin.
Pensé par et pour les diasporas du Maghreb et de la région SWANA, saHHara construit un espace de rencontre à travers la musique électronique et la culture club.
Enraciné dans les traditions amazighes et arabes, tout en étant influencé par les scènes contemporaines, le collectif développe une approche hybride où héritage et modernité coexistent.
À travers des concerts, des prises de contrôle de radios, des levées de fonds et des soirées club, saHHara a su fédérer une communauté forte et en constante expansion. Leur démarche dépasse la simple programmation musicale, elle consiste à créer des espaces où les individus peuvent se rencontrer, échanger et expérimenter la richesse des cultures maghrébines dans un contexte diasporique.
Une collaboration au-delà de l’artistique
La rencontre entre Disco Tunez et saHHara ne relève pas d’une simple collaboration artistique. Elle traduit une intention commune de reconnecter les sons, les mémoires et les corps à travers le temps et l’espace. Là où Disco Tunez réactive les archives et les imaginaires des nuits tunisiennes, saHHara en propose une extension contemporaine au cœur de la diaspora.
Ensemble, ils dessinent une continuité entre Tunis et Berlin, entre passé et futur, entre racines et projections.
Une dimension curatoriale avec The Calling
Cette édition est également marquée par la contribution de The Calling, une plateforme basée à Paris dédiée à la mise en relation de créatifs et à la curation de soirées éclectiques à travers le monde. Connue pour son regard pointu sur les cultures nocturnes globales à travers des reviews et une émission dédiée, The Calling apporte une dimension curatoriale supplémentaire au projet.
Son fondateur, Track Advisor, a activement contribué à la direction artistique de cette édition, en participant à l’élaboration de la programmation musicale et de l’expérience globale.
Un nouveau territoire sonore
Sur le plan musical, cette convergence ouvre un nouveau territoire sonore. Le disco tunisien et méditerranéen dialogue avec des textures électroniques contemporaines, des influences expérimentales et des rythmes issus des scènes club européennes. Loin de diluer les identités, cette hybridation les amplifie et révèle la capacité des sons maghrébins à circuler, se transformer et résonner dans différents contextes.
Au-delà du dancefloor, cette édition reflète des dynamiques culturelles plus larges. Elle témoigne d’un désir croissant de reconnecter les scènes locales à leurs diasporas, de faire circuler les imaginaires et de construire des espaces communs malgré les distances géographiques.
Dans ce sens, Disco Tunez et saHHara participent à redessiner les géographies culturelles, où Tunis et Berlin ne sont plus séparées, mais reliées par le rythme.
Une création collective et immersive
Un élément clé du projet réside dans son approche collaborative. Disco Tunez travaille étroitement avec des artistes, artisans, curateurs et photographes afin de reconstruire le paysage visuel et émotionnel des étés tunisiens. À travers la scénographie, l’image et la direction artistique, ces collaborations donnent une forme contemporaine à la nostalgie, non pas comme imitation, mais comme réinterprétation. Le résultat est un environnement immersif où passé et présent coexistent naturellement.
Un troisième espace dans la scène nocturne
Contrairement à une scène nocturne dominante souvent structurée autour de la musique électronique ou des formats traditionnels de Raks Sharki, Disco Tunez crée un troisième espace, un espace où le groove prime sur les drops, où l’émotion compte plus que le tempo, et où le passé n’est pas quelque chose dont on s’échappe, mais quelque chose avec lequel on danse.
Une réponse à un besoin réel
Le succès des différentes éditions montre qu’il ne s’agit pas d’une expérimentation marginale. C’est une réponse à un besoin réel. Les publics ne cherchent pas seulement à sortir, ils cherchent à ressentir quelque chose de familier mais redécouvert. Disco Tunez répond à cette attente avec précision et authenticité.
Une ouverture de saison symbolique
Une nuit où les rythmes voyagent entre mémoire et futur : Aquanima, saHHara, Sameur Ha et Meriem S prennent le contrôle d’Aïna Gammarth le 16 mai pour ouvrir le portail d’un été sans fin.
En définitive, Disco Tunez est plus qu’une série d’événements. C’est une déclaration culturelle. Elle rappelle que l’histoire musicale de la Tunisie est riche, multiple et encore pleine de possibilités.
En remettant ces sons en mouvement, et en les connectant aujourd’hui aux dynamiques diasporiques à travers des collectifs comme saHHara et des plateformes curatoriales comme The Calling, le projet n’honore pas seulement le passé, il lui donne un avenir.

